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LE FORUM DES ALLUMÉS DU JAZZ
  1.02.2005

« L’avenir du disque : rebatir » du 9 et 10 décembre 2004

Nadine Verna (Nerves WOS) a représenté Phonopaca au Forum des allumés du Jazz qui s’est tenu les 9 et 10 décembre 2004 en Avignon. Organisé par les Allumés du Jazz, association qui regroupe 35 labels indépendants, ce forum a concerné l’état du disque de jazz et celui du disque en général. Les Allumés du Jazz ont tenté de reconquérir un espace de parole en vue de rebâtir au mieux les liens complexes entre les musiciens et ceux qui les écoutent. Acteurs et spectateurs de la vie musicale, musiciens, producteurs grands et petits, organisateurs, agents, représentants des sociétés civiles et des institutions, sociologues, philosophes et journalistes ont échangés points de vue et propositions.
Durant ces deux journées, huit commissions de réflexion sur le thème « L’avenir du disque : Rebâtir » se sont succédées. Nadine Verna a participé à la commission 2 (Qu’est-ce qu’un label indépendant ?) et assisté au débat de fin de forum qui reprenait notamment l’ensemble des éléments de réflexion issus des différentes commission.

 

1) Nouvelles technologies - nouvelles pratiques ?
Alors que la technologie a, pendant plusieurs décennies, suivi les exigences ou les aspirations de la musique s’accordant à ces succès (ex. : le multiple et les Beatles), à partir de la seconde partie des années 80, c’est le support qui précède la musique. C’est alors la musique qui s’y adapte, l’investissement allant généralement vers le support, délaissant la musique. On recycle plus volontiers les catalogues (compilations, bonus) jusqu’au manque. Le support disque fait place au téléchargement. Facilitant la duplication privée, cette nouvelle technologie, mise en place par les détenteurs de la partie la plus importante de l’industrie musicale, est devenue pour beaucoup le problème principal. Ses utilisateurs, souvent très jeunes, sont montrés du doigt et rendus responsables de la crise de l’industrie phonographique. C’est aussi le rapport au monde du disque dans son ensemble. Se posent les problèmes de droits, de dislocation et de régénération des catalogues.

Quelques éléments de réflexions issus de cette commission :

- Nouvelles technologies : téléchargement : Altération dans un premier temps de la qualité du signal audio mais qui s’avère non déterminante auprès des jeunes en particulier qui ont l’habitude des formats pas spécialement performant en qualité son (MP3). Les jeunes privilégient à l’heure actuelle la possibilité de trouver tout ce qu’on veut dans le plus grand magasin du monde chez soi devant son ordinateur à moindre frais.

- Même problème du signal audio pour la téléphonie suivant l’opérateur.

- Prise en compte de plus en plus forte du téléchargement par la majorité des métiers de l’industrie culturelle, devenant à l’heure actuelle inévitable. Par contre la question de la rétribution des œuvres sur le web est bien encore à l’ordre du jour avec 2 axes de travaux : 1/ Producteurs / Editeurs : pour identification des œuvres et rétribution - 2/ Adami / Spedidam : pour la licence légale

- Que devient l’objet disque ? : - Culture du bel objet et des + (packaging, bonus…) – Technologie high-tech sur le support lui-même (son en 5.1) format SACD/DVD audio – Plug In (fichiers stéréos)

- Donner les moyens aux labels indépendants de créer des plateformes communes de téléchargements légaux.

 

2) Qu'est ce qu'un label indépendant ?
Ilots de résistance, poissons pilotes de l’industrie musicale, révélateurs ou simples suiveurs, les labels indépendants n’ont jamais été si nombreux et paradoxalement si désarmés devant ce que l’on nomme les majors, elles-mêmes en proie au doute. Quels sont aujourd’hui la justification, le sens et le degré de réalité de ce que l’on nomme un label indépendant ? L’autoproduction est-elle un objet de dépit ou un acte dynamique ?

Quelques éléments de réflexions issus de cette commission :

- Créer un label est en soi un acte d’indépendance

- Affirmation du plaisir plus que du dépit : on ne monte pas un label parce que personne ne veut vous signer.

- Découvreur de talents

- Logique d’œuvre plus que de produit.

- Privilégier le risque du producteur

- Une réflexion par le ministère de la culture serait à entamer sur une aide directe aux labels indépendants du secteur privé notamment vers un soutien à la création.

 

3) Rapport disque - spectacle vivant
De la même façon qu’il est impossible de séparer le devenir du disque de jazz de celui du disque dans son ensemble, il serait peu raisonnable de nier l’interaction entre le disque et la production de concerts. Le concert est il une simple représentation du disque le ravalant au stade de show case ? On peut jouer plus pour des organisateurs que pour le public, il est impérativement demandé aux musiciens de tourner pour vendre leur disque, sous peine de ne pas enregistrer. Le disque est il un simple objet de documentation du concert ? Comment ces deux pôles peuvent s’aider et recréer une dynamique non privative ?

Quelques éléments de réflexions issus de cette commission :

- Dénonce la nécessité de faire un disque pour être programmé dans les salles et inversement.

- 2 types de crises : disque et spectacle vivant

- Désaffection du public – multiplication des offres

 

4) Rapport au public
Trop souvent laissé pour compte dans les débats agités par la crise du disque, l’auditeur est pourtant la clé incontournable de tous les problèmes posés. Pourquoi s’est-il détourné du disque ? L’industrie culturelle a-t-elle tué le désir ? La culpabilisation du public est-elle allée trop loin jusqu’à une vexation irrémédiable ? Qu’attend-on d’un disque ? Que peut-il proposer ? Quels sont les moyens de retrouver confiance ?

Quelques éléments de réflexions issus de cette commission :

- Achats liés aux concerts : la tournée est un atout majeur

- Achats liés à l’identité du label (image) : confiance de l’auditeur liée à une ligne éditoriale forte

- Presse : chroniques d’album : divergences des pts de vues pour la promo

- Tous les liens entre production et public ne sont pas encore définis, en constante évolution pour mettre en avant votre artiste plus qu’un autre dans la multitude de l’offre.

 

5) Évolution de la musique et de l'industrie musicale
Au fil des ans, l’industrie musicale s’est structurée d’une façon qui, petit à petit, a ignoré l’évolution et les exigences de la création musicale jusqu’à marginaliser la musique elle-même au sein de son industrie. Il ne s’agit plus d’une simple récupération des courants, mais d’une quasi-totale dématérialisation de l’esprit musical et de la confiscation du désir. Aujourd’hui, l’industrie ne répond plus en temps réel, aux désirs du musicien le privant le plus souvent de son rapport au monde.

Quelques éléments de réflexions issus de cette commission :

- Nouveautés et productions à l’heure actuelle moins importantes dans le jazz

- Les forces entreprenantes du jazz ont vieillies

- Le disque reste le moyen stimulant de la musique

- Actualiser l’identité et faire un état des lieux véritable.

 

6) Rapport à la distribution classique
Le passage au compact disc a aussi rendu plus compact le désir de l’acheteur souvent confronté et découragé par un océan de petits objets difficiles à identifier. L’esprit d’aventure est souvent contrarié par l’esprit d’économie (on achète sûr, même – et surtout – pour le jazz).
Les circuits de distribution se sont rationalisés jusqu’à la caricature : raréfaction des points de vente et prédominance de chaînes. Aux USA où la crise a pris de l’avance, on peut noter une recomposition des circuits underground ; en France, on tente de diffuser les disques en librairie, on n’a plus honte de vendre à la sortie des concerts. Quelle est la réalité du distributeur dans la chaîne qui va du musicien à son auditeur ? Cette chaîne a-t-elle ses maillons brisés ? Comment recomposer et réintroduire de la fluidité ? Qu’en est-il du désir d’achat ? Quel est le présent et l’avenir du support disque ? Existe-t-il plusieurs "disques " ? Objet de création ou carte de visite ?

Quelques éléments de réflexions issus de cette commission :

- réalité des magasins / réalité des distributeurs

- règle des 20% des ventes devant correspondre à 80% du chiffre d’affaire des magasins.

- Distribution diffère suivant la surface des magasins

- Grandes différences achats et retours suivant l’importance du magasin

- Fnac direction impose des choix aux petites surfaces Fnac par le biais du TCA

- Les Distributeurs / Labels sont une grosse concurrence pour les labels sur la mise en bac. Ils défendront en priorité les artistes qu’ils ont en licence.

- Tirer profit des nouvelles technologies

 

7) Rôle de l'État et des collectivités locales
Depuis les années 80, l’État est largement intervenu dans la vie du jazz en France, devenue dépendante des subventions et aides publiques. Partant des modèles de la musique classique, on est même allé jusqu’à la création d’un orchestre national de jazz. Si l’aide à la création a occupé une place prépondérante, celle à la diffusion est restée beaucoup plus discrète et hésitante. Paradoxe, lorsque dans les années 80, la création n’était pas souffrante alors que la raréfaction des points de vente du disque avait entamé sa chute vertigineuse. Qu’a cherché l’État au travers de son aide au jazz ? L’institutionnalisation d’une musique qui ne s’y prête pas toujours a-t-elle participé à un déficit créatif ? L’État est-il un producteur ou simple redistributeur des deniers publics ?

Quelques éléments de réflexions issus de cette commission :

- Etat : Années 80 (soutien aux artistes) – Années 90 (Soutien à la diffusion, aux labels…) - Participation de l’état aux sociétés civiles : intérêt pour création de plateformes de téléchargement groupées pour les indépendants – Aide aux créateurs.

- Collectivités territoriales : décentralisation - voir les aides du côté des collectivités territoriales.

 

8) Place et rôle des médias
Les médias suscitent-ils encore le désir de l’inconnu ou au contraire, s’ajustent-ils sur les courants dominants ? Un artiste qui vend, ou qui est assuré d’une promotion conséquente, aura plus facilement la couverture. La réputation des supports ne suffit plus, il existe une crise de confiance du lecteur. La critique a-t-elle encore une valeur de défricheuse ou se situe-t-elle dans la simple représentation ? Le débat, voire la polémique, peut-il encore être ? A-t-il encore un sens ? La publicité et les connivences ont-elles définitivement brouillé les cartes ?

Quelques éléments de réflexions issus de cette commission :

- Statut du journaliste musical (encore trop souvent bénévole)

- Chroniqueurs : manque de liberté au sein de leur journal – formatage pour le lecteur

- Mission pédagogique des médias envers le public : critiques négatives (argumentation !)

- Multiplicité des médias : confrontation des points de vues

- Réseau des locales de Radio France ne joue pas son rôle de secteur public

- Internet : indépendance des chroniqueurs ?

 

 

 
 
     

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