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« Lavenir du disque :
rebatir » du 9 et 10 décembre 2004
Nadine Verna (Nerves WOS) a représenté
Phonopaca au Forum des allumés du Jazz qui sest
tenu les 9 et 10 décembre 2004 en Avignon. Organisé
par les Allumés du Jazz, association qui regroupe
35 labels indépendants, ce forum a concerné
létat du disque de jazz et celui du disque
en général. Les Allumés du Jazz
ont tenté de reconquérir un espace de
parole en vue de rebâtir au mieux les liens complexes
entre les musiciens et ceux qui les écoutent.
Acteurs et spectateurs de la vie musicale, musiciens,
producteurs grands et petits, organisateurs, agents,
représentants des sociétés civiles
et des institutions, sociologues, philosophes et journalistes
ont échangés points de vue et propositions.
Durant ces deux journées, huit commissions de
réflexion sur le thème « Lavenir
du disque : Rebâtir » se sont succédées.
Nadine Verna a participé à la commission
2 (Quest-ce quun label indépendant
?) et assisté au débat de fin de forum
qui reprenait notamment lensemble des éléments
de réflexion issus des différentes commission.
1) Nouvelles
technologies - nouvelles pratiques ?
Alors que la technologie a, pendant plusieurs décennies,
suivi les exigences ou les aspirations de la musique
saccordant à ces succès (ex. : le
multiple et les Beatles), à partir de la seconde
partie des années 80, cest le support qui
précède la musique. Cest alors la
musique qui sy adapte, linvestissement allant
généralement vers le support, délaissant
la musique. On recycle plus volontiers les catalogues
(compilations, bonus) jusquau manque. Le support
disque fait place au téléchargement. Facilitant
la duplication privée, cette nouvelle technologie,
mise en place par les détenteurs de la partie
la plus importante de lindustrie musicale, est
devenue pour beaucoup le problème principal.
Ses utilisateurs, souvent très jeunes, sont montrés
du doigt et rendus responsables de la crise de lindustrie
phonographique. Cest aussi le rapport au monde
du disque dans son ensemble. Se posent les problèmes
de droits, de dislocation et de régénération
des catalogues.
Quelques éléments de réflexions
issus de cette commission :
- Nouvelles technologies : téléchargement
: Altération dans un premier temps de la qualité
du signal audio mais qui savère non déterminante
auprès des jeunes en particulier qui ont lhabitude
des formats pas spécialement performant en qualité
son (MP3). Les jeunes privilégient à lheure
actuelle la possibilité de trouver tout ce quon
veut dans le plus grand magasin du monde chez soi devant
son ordinateur à moindre frais.
- Même problème du signal
audio pour la téléphonie suivant lopérateur.
- Prise en compte de plus en plus forte
du téléchargement par la majorité
des métiers de lindustrie culturelle, devenant
à lheure actuelle inévitable. Par
contre la question de la rétribution des uvres
sur le web est bien encore à lordre du
jour avec 2 axes de travaux : 1/ Producteurs / Editeurs
: pour identification des uvres et rétribution
- 2/ Adami / Spedidam : pour la licence légale
- Que devient lobjet disque ?
: - Culture du bel objet et des + (packaging, bonus
)
Technologie high-tech sur le support lui-même
(son en 5.1) format SACD/DVD audio Plug In (fichiers
stéréos)
- Donner les moyens aux labels indépendants
de créer des plateformes communes de téléchargements
légaux.
2) Qu'est ce
qu'un label indépendant ?
Ilots de résistance, poissons pilotes de lindustrie
musicale, révélateurs ou simples suiveurs,
les labels indépendants nont jamais été
si nombreux et paradoxalement si désarmés
devant ce que lon nomme les majors, elles-mêmes
en proie au doute. Quels sont aujourdhui la justification,
le sens et le degré de réalité
de ce que lon nomme un label indépendant
? Lautoproduction est-elle un objet de dépit
ou un acte dynamique ?
Quelques éléments de réflexions
issus de cette commission :
- Créer un label est en soi un
acte dindépendance
- Affirmation du plaisir plus que du
dépit : on ne monte pas un label parce que personne
ne veut vous signer.
- Découvreur de talents
- Logique duvre plus que
de produit.
- Privilégier le risque du producteur
- Une réflexion par le ministère
de la culture serait à entamer sur une aide directe
aux labels indépendants du secteur privé
notamment vers un soutien à la création.
3) Rapport disque
- spectacle vivant
De la même façon quil est impossible
de séparer le devenir du disque de jazz de celui
du disque dans son ensemble, il serait peu raisonnable
de nier linteraction entre le disque et la production
de concerts. Le concert est il une simple représentation
du disque le ravalant au stade de show case ? On peut
jouer plus pour des organisateurs que pour le public,
il est impérativement demandé aux musiciens
de tourner pour vendre leur disque, sous peine de ne
pas enregistrer. Le disque est il un simple objet de
documentation du concert ? Comment ces deux pôles
peuvent saider et recréer une dynamique
non privative ?
Quelques éléments de réflexions
issus de cette commission :
- Dénonce la nécessité
de faire un disque pour être programmé
dans les salles et inversement.
- 2 types de crises : disque et spectacle
vivant
- Désaffection du public
multiplication des offres
4) Rapport au
public
Trop souvent laissé pour compte dans les débats
agités par la crise du disque, lauditeur
est pourtant la clé incontournable de tous les
problèmes posés. Pourquoi sest-il
détourné du disque ? Lindustrie
culturelle a-t-elle tué le désir ? La
culpabilisation du public est-elle allée trop
loin jusquà une vexation irrémédiable
? Quattend-on dun disque ? Que peut-il proposer
? Quels sont les moyens de retrouver confiance ?
Quelques éléments de réflexions
issus de cette commission :
- Achats liés aux concerts :
la tournée est un atout majeur
- Achats liés à lidentité
du label (image) : confiance de lauditeur liée
à une ligne éditoriale forte
- Presse : chroniques dalbum :
divergences des pts de vues pour la promo
- Tous les liens entre production et
public ne sont pas encore définis, en constante
évolution pour mettre en avant votre artiste
plus quun autre dans la multitude de loffre.
5) Évolution
de la musique et de l'industrie musicale
Au fil des ans, lindustrie musicale sest
structurée dune façon qui, petit
à petit, a ignoré lévolution
et les exigences de la création musicale jusquà
marginaliser la musique elle-même au sein de son
industrie. Il ne sagit plus dune simple
récupération des courants, mais dune
quasi-totale dématérialisation de lesprit
musical et de la confiscation du désir. Aujourdhui,
lindustrie ne répond plus en temps réel,
aux désirs du musicien le privant le plus souvent
de son rapport au monde.
Quelques éléments de réflexions
issus de cette commission :
- Nouveautés et productions à
lheure actuelle moins importantes dans le jazz
- Les forces entreprenantes du jazz
ont vieillies
- Le disque reste le moyen stimulant
de la musique
- Actualiser lidentité
et faire un état des lieux véritable.
6) Rapport à
la distribution classique
Le passage au compact disc a aussi rendu plus compact
le désir de lacheteur souvent confronté
et découragé par un océan de petits
objets difficiles à identifier. Lesprit
daventure est souvent contrarié par lesprit
déconomie (on achète sûr,
même et surtout pour le jazz).
Les circuits de distribution se sont rationalisés
jusquà la caricature : raréfaction
des points de vente et prédominance de chaînes.
Aux USA où la crise a pris de lavance,
on peut noter une recomposition des circuits underground
; en France, on tente de diffuser les disques en librairie,
on na plus honte de vendre à la sortie
des concerts. Quelle est la réalité du
distributeur dans la chaîne qui va du musicien
à son auditeur ? Cette chaîne a-t-elle
ses maillons brisés ? Comment recomposer et réintroduire
de la fluidité ? Quen est-il du désir
dachat ? Quel est le présent et lavenir
du support disque ? Existe-t-il plusieurs "disques
" ? Objet de création ou carte de visite
?
Quelques éléments de réflexions
issus de cette commission :
- réalité des magasins
/ réalité des distributeurs
- règle des 20% des ventes devant
correspondre à 80% du chiffre daffaire
des magasins.
- Distribution diffère suivant
la surface des magasins
- Grandes différences achats
et retours suivant limportance du magasin
- Fnac direction impose des choix aux
petites surfaces Fnac par le biais du TCA
- Les Distributeurs / Labels sont une
grosse concurrence pour les labels sur la mise en bac.
Ils défendront en priorité les artistes
quils ont en licence.
- Tirer profit des nouvelles technologies
7) Rôle
de l'État et des collectivités locales
Depuis les années 80, lÉtat est
largement intervenu dans la vie du jazz en France, devenue
dépendante des subventions et aides publiques.
Partant des modèles de la musique classique,
on est même allé jusquà la
création dun orchestre national de jazz.
Si laide à la création a occupé
une place prépondérante, celle à
la diffusion est restée beaucoup plus discrète
et hésitante. Paradoxe, lorsque dans les années
80, la création nétait pas souffrante
alors que la raréfaction des points de vente
du disque avait entamé sa chute vertigineuse.
Qua cherché lÉtat au travers
de son aide au jazz ? Linstitutionnalisation dune
musique qui ne sy prête pas toujours a-t-elle
participé à un déficit créatif
? LÉtat est-il un producteur ou simple
redistributeur des deniers publics ?
Quelques éléments de réflexions
issus de cette commission :
- Etat : Années 80 (soutien aux
artistes) Années 90 (Soutien à
la diffusion, aux labels
) - Participation de létat
aux sociétés civiles : intérêt
pour création de plateformes de téléchargement
groupées pour les indépendants
Aide aux créateurs.
- Collectivités territoriales
: décentralisation - voir les aides du côté
des collectivités territoriales.
8) Place et
rôle des médias
Les médias suscitent-ils encore le désir
de linconnu ou au contraire, sajustent-ils
sur les courants dominants ? Un artiste qui vend, ou
qui est assuré dune promotion conséquente,
aura plus facilement la couverture. La réputation
des supports ne suffit plus, il existe une crise de
confiance du lecteur. La critique a-t-elle encore une
valeur de défricheuse ou se situe-t-elle dans
la simple représentation ? Le débat, voire
la polémique, peut-il encore être ? A-t-il
encore un sens ? La publicité et les connivences
ont-elles définitivement brouillé les
cartes ?
Quelques éléments de réflexions
issus de cette commission :
- Statut du journaliste musical (encore
trop souvent bénévole)
- Chroniqueurs : manque de liberté
au sein de leur journal formatage pour le lecteur
- Mission pédagogique des médias
envers le public : critiques négatives (argumentation
!)
- Multiplicité des médias
: confrontation des points de vues
- Réseau des locales de Radio
France ne joue pas son rôle de secteur public
- Internet : indépendance des
chroniqueurs ?
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